Le peuple Shiwiar vit depuis toujours au cœur de la forêt primaire amazonienne, sur un territoire de plus de 210.000 hectares entre Equateur et Pérou. Notre monde occidental convoite maintenant le territoire des indiens Shiwiar qui regorge de ressources naturelles. La menace la plus forte vient des compagnies pétrolières qui attendent le prochain appel d’offres du gouvernement pour acquérir des concessions d’exploitation au cœur de la forêt. Le bloc 37, lieu de vie des derniers indiens Shiwiar (900 personnes en Equateur), devrait être mis aux enchères d’ici 5 ans. Depuis cette annonce, une course contre la montre s’est engagée pour éviter ce qui signifiera sans doute l’arrêt de mort de cette ethnie et de leur forêt. Né d’une amitié fraternelle ente l’association Arutam et le peuple Shiwiar d’Equateur, Zéro-Déforestation est un programme établi conjointement pour éviter ce désastre.
En Equateur, toutes les terres frontalières avec le Pérou ont été nationalisées suite à la guerre qui opposa ces deux pays en 1945. Plus de dix ans après l’accord de paix signé en 1995, ces terres sont toujours attribuées au Ministère de la Défense. C’est lui qui décide de l’avenir de ces forêts et de leurs habitants. Riche en pétrole, l’Equateur, ne voit qu’une solution pour sortir de la crise : se développer économiquement grâce aux revenus pétroliers. Cela fait plus de 30 ans que ce plan de développement, fondé sur l’extraction du pétrole équatorien, est soutenu par la Banque Mondiale et le FMI. Les résultats sont désastreux. Le pays s’est appauvri. Celui-ci ne touche qu’entre 2 et 20 % des bénéfices et doit employer la moitié de son budget annuel pour le remboursement de sa dette : l’industrie pétrolière l’a rendu largement déficitaire.
Au delà du constat financier, l’exploitation intensive et déraisonnée du pétrole en Equateur a aussi de tragiques conséquences écologiques et sanitaires. En 30 ans, des millions de tonnes d’or noir ont été accidentellement déversées dans les rivières et les compagnies pétrolières ne veulent pas prendre les mesures nécessaires quant à la protection des riverains des zones de forage. Un rapport de l’ONG dévoilait qu’en 2001, 31.398 barils de pétrole ont été malencontreusement déversés dans la nature. Et ces accidents sont en perpétuelle augmentation : + 500% en sept ans ! A cela s’ajoute la violence physique à l’encontre des peuples de la forêt largement utilisée par les compagnies pétrolières et le gouvernement qui les protège lorsqu’ils s’opposent à l’implantation d’un nouveau site d’extraction. Les indiens d’Amazonie sont donc largement défavorables à l’expansion pétrolière. Pour faire valoir leurs droits, ils peuvent s’appuyer sur la constitution équatorienne qui stipule que les peuples autochtones doivent être consultés avant l’exploitation des terres pour lesquelles ils ont un titre de propriété. Ainsi, posséder un titre de propriété est de loin l’outil le plus efficace.
En 1992, à l’occasion des célébrations des 500 ans de la découverte de l’Amérique, une longue marche des indiens sur Quito a eu pour résultat la restitution aux indiens Shiwiar de 89.000 hectares. En 1998, le gouvernement a créé une nouvelle institution pour les peuples autochtones : le Conseil National des Nationalités et Peuples Indigènes d’Equateur (Codenpe). Les Shiwiar, au nombre de 900 seulement, ont réussi à se faire reconnaître par le gouvernement en tant que nationalité autochtone à part entière. De ce fait, ils constituent la plus petite nationalité des treize reconnues en Equateur. Ce statut est la reconnaissance d’une identité culturelle, linguistique, historique et politique propre et de leur droit à vivre sur un territoire déterminé selon leurs formes traditionnelles d’organisation sociale, économique, juridique, politique et d’exercice de l’autorité. Cependant, pour asseoir ses droits face au gouvernement et au secteur privé, la nationalité Shiwiar d’Equateur manque cruellement de moyens. La restitution de la totalité des droits de propriété de leur territoire ancestral reste leur priorité. Pour prouver à l’Institut National de Développement Agraire (INDA) que le territoire revendiqué est bien une terre ancestrale, il leur faut effectuer un recensement socio-économique et une étude scientifique sur la situation écologique du territoire à légaliser. Le coût important de ces études est à la charge des indiens, d’où l’appel à la solidarité lancé à la communauté internationale par le biais du programme Zéro-Déforestation. Leurs principales sources de revenus sont l’artisanat et l’écotourisme, des activités qui respectent leur identité, leur mode de vie et sont un hommage à leur culture et à leur environnement. A leur demande, Zéro-Déforestation propose des voyages solidaires dans les communautés Shiwiar. Un bénévole français vivant sur place accompagne les visiteurs lors de cette rencontre en forêt d’une dizaine de jours et facilite la communication et la compréhension entre les hôtes et les visiteurs. Sur le plan financier, 50 % du prix de ces voyages va aux Indiens : une façon de donner une autre dimension à la solidarité envers les hommes et la nature. Car l’Equateur a le triste record de la déforestation en Amérique de Sud, devant le Brésil, avec un taux de 2,4 % par an. A ce rythme, en 2070, les forêts primaires équatoriennes auront totalement disparu, avec de graves conséquences pour les peuples qui les habitent : acculturation, maladies, perte d’identité, pauvreté, racisme, violence, alcoolisme, prostitution...
Les forêts primaires de Haute-Amazonie sont le résultat de centaines de milliers d’années d’évolution. Elles renferment la plus forte biodiversité du monde. La déforestation de ces vastes étendues ne conduit pas seulement à la disparition de milliers d’espèces, mais surtout à un changement climatique qui affectera la planète entière. Ces forêts sont habitées depuis des millénaires par des hommes respectueux de la nature. Loin d’être des prédateurs, ils ont joué un rôle bénéfique sur leur environnement. Ainsi, les jardins abandonnés par les indiens d’Amazonie depuis plus de quarante ans sont deux fois plus riches en espèces sylvestres que la forêt voisine. Leur système de gestion traditionnelle de la forêt est de loin le plus efficace. Une étude menée en 2006 au Brésil montre que la vitesse de déforestation est 17 fois plus élevée dans les zones non-indiennes que dans les territoires autochtones. Depuis toujours, ils vivent de la forêt, avec pour objectif la durabilité de cette relation. Au fur et à mesure que la forêt primaire disparaît, les peuples premiers d’Amazonie disparaissent. Les Indiens Shiwiar et l’association Arutam veulent démontrer au travers du programme Zéro-Déforestation que cela n’est pas une fatalité. Ensemble, nous pouvons agir et faire changer les choses. Pour participer avec nous à la protection de la diversité et de l’équilibre de notre planète, rendez-vous sur www.zero-deforestation.org !
Chaque hectare de forêt amazonienne sauvé permet de stocker 650 tonnes de Carbone, soit 24 millions de kilomètres avec une voiture de petite cylindrée ou 150 années d’émissions de CO2 d’une famille française !
L’association ARUTAM, créée en 1992 par l’ethnopharmacien Jean-Patrick Costa, a pour objectif d’accompagner les peuples autochtones dans les processus d’intégration et de confrontation à la modernité, en valorisant leurs traditions et savoir-faire. En cela, elle poursuit trois buts spécifiques :
- Soutien aux Peuples Premiers
- Défense des cultures et des médecines traditionnelles
- Promotion en Europe des traditions et des cultures autochtones
www.latitudsur.org et http://arutam.free.fr